• Imaginez qu'une foule d'esprits malins vous cerne. Vous ne les voyez pas, ou à peine, mais vous les entendez débattre entre eux des pièges qu'ils s'apprêtent à vous tendre. Ils s'emparent de votre corps, vous font parler, tousser, grogner, vous gratter malgré vous, déplacent à leur guise votre main ou votre pied et font même se mouvoir les cadavres. Telle fut l'expérience de l'abbé Richalm et d'une poignée de moines cisterciens de Schöntal, en Allemagne du Sud, vers l'an 1200. La récente découverte de leur prodigieux dialogue sur les démons, le Livre des révélations, jette une lumière totalement nouvelle sur les croyances et plus largement sur la culture et la société de l'époque médiévale, tout en nous faisant partager l'angoissant confinement de ces hommes et des démons dans l'espace exigu d'un monastère. Le cloître des ombres rend compte de ce cas stupéfiant, en combinant les approches de la microhistoire et de l'anthropologie sociale et culturelle, et, en offrant pour la première fois, une traduction dans une langue moderne d'un témoignage sans équivalent sur la puissance des démons.

  • Les rythmes entraînent la vie entière des individus et des sociétés : il n'y a pas de vie sans rythme, c'est-à-dire sans une mise en ordre variable de faits qui se répètent en combinant indéfiniment périodicité et rupture. Pourtant, il n'existe pas à ce jour une histoire des rythmes qui confronte nos conceptions à celles du passé. Or le contraste est fort entre notre monde, où les rythmes sont observés dans des champs séparés, et la civilisation holiste de l'Europe médiévale, où ils entrent en résonance avec la totalité de la Création, que Dieu aurait façonnée en six jours. C'est à ce rythme fondateur que le livre de Jean-Claude Schmitt emprunte sa propre scansion, en explorant les significations du rythmus médiéval, les rythmes du corps et du monde, ceux du temps, de l'espace et du récit, avant de s'interroger sur la fonction des rythmes dans le changement social et la marche de l'histoire.

  • Pas de journal télévisé, d'article de presse ou de présentation d'entreprise sans une série de courbes, de diagrammes, de graphiques ou d'histogrammes, au point de parfois créer une forme de dépendance intellectuelle aux schémas en tous genres. Et pour cause : ces figures permettent de rendre une idée complexe immédiatement mémorisable par le cerveau humain, épargnant ainsi une longue démonstration. Mais saviez-vous que ce mode de pensée et d'expression, qui tient à la fois de l'image et de l'écriture, existait bien avant Microsoft et ses schémas auto-générés ? Confrontés aux mêmes difficultés que nous, érudits, hommes d'église ou simples artisans ont caché des trésors d'inventivité dans les manuscrits médiévaux où les roues, les arbres, les échelles et autres figures insolites invitent le lecteur à s'introduire, par l'oeil et l'esprit, dans le labyrinthe de l'âme et du monde.

  • La croyance aux revenants semble de tous les temps ; elle a pourtant aussi son histoire. Que signifiait au Moyen Âge cette «croyance» et comment la saisir ?
    Les dix siècles qui vont de l'Antiquité tardive à la veille de la Renaissance ont vu se succéder et se combiner les vieilles croyances païennes et les rituels lentement christianisés. Ils sont contenus dans la notion de memoria, de «mémoire des morts», faite de liturgie, de larmes et de prières ; une mémoire en réalité destinée à aider la séparation des vivants et du défunt, à régler le fonctionnement social de l'oubli.
    Les revenants médiévaux, c'étaient les rares morts qui, obstinément, pendant une durée assez brève, tenaient en échec le fonctionnement réglé de la memoria chrétienne, faisant obstacle au déroulement nécessaire du «travail du deuil». Revenants pitoyables ou terrifiants, le plus souvent solitaires, surgissant de leur tombe pour hanter la conscience des proches et des parents, coupable ou douloureuse.
    On saisit immédiatement l'ampleur des problèmes que fait surgir l'analyse rigoureuse de cette moisson de textes et d'images qui racontent l'apparition des morts, et où le spirituel se mêle au corporel, l'individuel au collectif, la personne à la parenté, le jour à la nuit, le merveilleux à l'ordre social. Ce livre ouvre à l'histoire sociale un secteur nouveau : la science des rêves.

  • Vers le milieu du xiie siècle, un juif originaire de cologne, converti au christianisme et devenu prêtre à cappenberg, en westphalie, écrit le récit de sa conversion.
    Cette " autobiographie " est l'une des toutes premières en occident depuis les célèbres confessions de saint augustin. ce texte singulier divise les historiens, les uns y voyant le " récit vrai " d'un authentique juif converti, les autres une pure "fiction" forgée par des clercs chrétiens. pour jean-claude schmitt, ce récit est à la fois "vrai" et "fictif". il soulève les questions de l'autobiographie et de la subjectivité, de l'image onirique et de l'image cultuelle, de la conversion individuelle et collective, du nom et de l'identité.
    Cette étude de cas est l'occasion pour l'auteur de poser des questions centrales sur la méthode et l'écriture de l'histoire.

  • Du XIIIe siècle à l'aube du XXe siècle, les paysannes de la Dombes, au nord de Lyon, portaient leurs enfants malades sur la tombe d'un lévrier, saint Guinefort, que son maître, d'après la légende, avait injustement tué...Un document exceptionnel, écrit vers 1260 par l'inquisiteur qui réprima en vain ce culte «superstitieux», est le point de départ de ce livre, traduit en dix langues depuis sa parution en 1979 et devenu un classique.Alliant les méthodes de l'histoire, de l'anthropologie et de l'archéologie, l'auteur montre que ces «superstitions» avaient leur raison, que ni l'Église au Moyen Âge, ni la science positiviste au XIXe siècle ne pouvaient admettre.Il révèle aussi comment, dans le long conflit entre culture populaire et culture savante, réside peut-être une clé d'interprétation de l'idéologie et de la société féodales.

  • Qui veut comprendre le Moyen Âge doit le tenir à distance : poser sur lui le regard de l'anthropologue étudiant une société étrangère à sa propre culture et à ses habitudes de pensée. C'est la première ambition de ce livre : mettre en garde contre l'usage de catégories - la «religion» par exemple, ou l'«individu», - dont il convient de saisir la relativité historique. Voilà qui peut sembler paradoxal, mais il n'y a pas, au Moyen Âge, de «religion», au sens où nous l'entendons aujourd'hui. Toute une «culture», en revanche, complexe, foisonnante, originale, se déploie selon les différents pôles constitutifs de cette société : les clercs et les laïcs, la cathédrale et le château, la communauté paysanne et la ville. S'en dégagent des conceptions irréductibles aux nôtres, du corps et de la personne, de la croyance et des rêves, des rites et du temps, à l'articulation de l'homme et du divin (ou du démoniaque), de l'ici-bas et de l'au-delà, des images et de l'invisible, de la memoria et des futura.
    Ce livre retrace le parcours sinueux d'une recherche de plus de vingt ans à travers les textes et les images issues de la culture médiévale. Il tente de répondre aux questions que pose la construction d'une anthropologie historique du Moyen Âge : qu'est-ce qu'une «personne» dans la société médiévale ? Qu'en est-il de la notion du «sacré» ? L'idée d'«avenir» est-elle compatible avec la conception eschatologique du temps chrétien ?

  • Il est devenu banal de dire que nous sommes entrés dans la " civilisation de l'image ".
    Les images animées, numériques, virtuelles façonnent notre monde avec une force sans précédent. Mais elles s'enracinent aussi dans une longue histoire, où la chrétienté médiévale a joué un rôle décisif : en osant - contre le vieil interdit biblique - faire et " adorer " les images, et même donner figure humaine au Dieu incarné, le Moyen Age a ouvert d'immenses possibilités à la création plastique et à l'imaginaire individuel et social.
    Ce livre s'attache à saisir ensemble, dans leur développement historique, les conceptions de l'imago médiévale et les pratiques rituelles (religieuses ou politiques) et fantasmatiques dont les images furent l'objet depuis le Haut Moyen Age jusqu'à la Renaissance et la Réforme. Aux images matérielles, en deux ou trois dimensions, l'auteur associe les images visionnaires et oniriques qui permettaient de les légitimer et de se les approprier, comme s'il s'agissait de personnes vivantes, douées de corps et de sang, de parole et de mouvement.
    L'image n'est jamais seulement un " objet d'art ", et moins encore l' " illustration " des textes. Elle est l'une des manières par lesquelles une société se re-présente le monde, c'est-à-dire se le rend à nouveau présent pour le penser et agir sur lui. C'est l'ambition de ce treizième volume de la collection " Le Temps des images " d'en faire la démonstration.

  • Charlemagne se tord la barbe et pleure ; devant guillaume le conquérant, harold prête serment les mains posées sur des reliques ; les bras tendus, le prêtre élève l'hostie que les fidèles, à genoux et les mains jointes, fixent du regard ; tous font des signes de croix.
    Qu'ils nous surprennent ou nous paraissent aujourd'hui encore familiers, tous ces gestes sont liés à une culture et à son histoire. car il n'existe pas de gestes " naturels ", mais des usages sociaux du corps, propres à chaque civilisation et qui changent au cours du temps. ce livre explore l'histoire des gestes en occident, depuis l'antiquité tardive jusqu'au moyen age central. d'entrée de jeu, il souligne un problème crucial : l'historien, à l'inverse de l'ethnologue ou du sociologue, n'atteint pas directement les gestes du passé, mais toujours dans des écrits ou des images, des représentations des gestes qui en sont aussi des interprétations données par la culture du temps.
    Ce qui déplace et enrichit le questionnaire de l'historien : qu'est-ce que " faire un geste " dans la société chrétienne du moyen age ? comment juge-t-on à cette époque le corps, son mouvement et ses attitudes ? existe-t-il alors une ou des théories du geste ?
    Ainsi le spectacle des gestes est-il un défi permanent lancé à la raison, qui cherche, non sans difficultés ni malentendus et à chaque époque d'une manière nouvelle, à imposer aux gestes un ordre et du sens.
    C'est dans cette dialectique des gestes et de la pensée, à laquelle les clercs du moyen age ont donné en leur temps une expression systématique, que s'est construite au cours des siècles une culture singulière du corps et de ses usages.

  • IMAGE Le Moyen Age et ses images ont ignoré l'espace tel que nous l'entendons et le représentons aujourd'hui, notamment sur nos cartes : un espace homogène, mesurable, qui nous est donné a priori pour que nous le peuplons de signes et de figures. Pendant longtemps, une autre logique a prévalu : celle des "lieux" que les figures construisent et auxquels elles s'identifient. Les "lieux" se juxtaposent à la surface du mur ou de la page du manuscrit et se disposent sur les plans stratifiés de la figuration. Ils ne sont pas coordonnés dans le réseau unifié et hiérarchisé d'un espace perspectiviste. Certes, entre les images de l'an mil et les "boîtes locales" de Giotto, de fortes évolutions sont perceptibles, mais évitons d'y voir rétrospectivement les témoins obligés d'une marche forcée vers la "perspective artificielle" du Quattrocento. Ces tâtonnements façonnent peu à peu un nouvel imaginaire spatial qui participe au processus plus large de territorialisation de la société à la fin du Moyen Age.

  • Dans le prolongement de l'exposition Les Dominicaines d'Unterlinden présentée au Musée d'Unterlinden (décembre 2000-juin 2001), un colloque international avait réuni en mai 2001 des spécialistes de la spiritualité du Moyen Âge sous la direction de Jean-Claude Schmitt, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales. Si le colloque reprenait la problématique de l'exposition, il ne se limitait pas à la région du Rhin supérieur, ni à l'histoire des ordres religieux féminins. La question du "féminin" et de la " différence des sexes " comme dimensions essentielles de la relation entres femmes, art et religion fut au centre des réflexions. Ces questions ont fait l'objet ces dernières années de travaux importants, principalement dans le monde germanique et aux États-Unis. Ils sont restés jusqu'à présent peu connus en France en dépit de traductions françaises. Les actes du présent colloque donnent un aperçu des réflexions engagées à l'échelle internationale et offrent des éléments susceptibles de promouvoir de nouvelles recherches.

  • Comment la civilisation grecque a-t-elle émergé au IIIe millénaire avant J.-C. ? Dans quels contextes historique et politique l'Iliade et l'Odyssée ont-elles été écrites ? Qui furent les grands personnages qui ont marqué l'histoire de la Grèce antique ? De l'empire indo-européen à la soumission, comment le monde grec s'est-il étendu jusqu'aux confins du monde grâce à Alexandre le Grand avant de s'effacer devant la puissance montante de Rome, victorieuse à Leucoptera ?
    Abordant la période qui s'étend des prémices de la civilisation mycénienne jusqu'au déclin de la Grèce hellénistique au IIe siècle avant J.-C., cet ouvrage est un manuel de référence qui couvre les principaux événements de l'histoire grecque. Il est destiné à tout lecteur curieux de découvrir l'histoire d'une civilisation qui a massivement influencé la culture occidentale postérieure.

  • Le rêve, la part éthérée de l'humanité, occupait dans les consciences médiévales une place - littéralement - essentielle. Songes, visions, images, fantômes et fantasmes, sommeil et illusions, les manifestations des mondes oniriques ouvraient des fenêtres problématiques sur le proche au-delà. Si elles n'étaient pas le jeu du diable, elles donnaient un accès direct à la visibilité de Dieu - coupant court à l'intercession de l'Église. Une présence ambivalante de l'invisible, donc, qui demandait non seulement à être auscultée, mais aussi, au préalable, à être dite.
    Le présent ouvrage expose dans un ordre chronologique des expressions du rêve et des rêves, des sources à partir desquelles il a été rendu possible de pénétrer l'onirisme médiéval : des textes théoriques en quête du sens à donner au rêve en regard des canons ecclésiastiques, ou des clés des songes, alternent avec des textes narratifs anecdotiques, politiques ou spirituels.
    Les récits de la sorte mis par écrit manifestent aussi bien le trouble provoqué par le rêve que l'usage que l'on peut en faire, l'impression laissée par un sommeil agité que la conviction qu'une vision prophétique a été délivrée. Ressérés cependant autour de récits spécifiquement autobiographiques, les textes proposés ici, pour la plupart jamais traduits, induisent pourtant une approche singulière du rêve. Car en se faisant narration, la relation du songe personnel, en inscrivant le "je" au coeur de l'action, participe à l'individuation du sujet. Et, par là, autorise l'avènement de la littérature et de ses possibles.
    Textes choisis et présentés par Jean-Claude Schmitt.

  • Depuis sa parution en 1999, ce dictionnaire « raisonné », à l'inverse d'une visée encyclopédique, s'est imposé comme un ouvrage incontournable, non seulement pour les historiens du Moyen Âge et les étudiants, mais pour un grand nombre de lecteurs. Ce succès justifie cette seconde édition en format de poche, qui facilitera une diffusion encore plus large. Le lecteur y verra aussi un hommage rendu à Jacques Le Goff, codirecteur de l'ouvrage, disparu en avril 2014. 

  • L'église Notre-Dame-la-Grande constitue l'emblème de Poitiers. Elle est située au coeur de la cité, au sommet du plateau urbain, où son clocher caractéristique la désigne depuis longtemps aux voyageurs. Plus encore, elle est célébrée comme l'un des plus importants monuments de l'art roman. À l'intérieur, les arcs, les piliers composés et les chapiteaux sculptés rythment un espace architectural cohérent, pensé dès le milieu du XIe siècle. À l'ouest, la façade se déroule comme une somptueuse tapisserie, off rant des images d'une haute valeur théologique dans un cadre à la fois rigoureux et ornementé. Cette oeuvre majeure des sculpteurs du XIIe siècle a fait l'objet d'une restauration exemplaire. Elle s'anime, à certaines périodes de l'année, par des projections de lumières colorées. Cet ouvrage invite à regarder et comprendre un édifice qui a traversé près de mille ans depuis sa conception.
    Agrégée d'histoire, Claude Andrault-Schmitt a enseigné l'histoire de l'art médiéval à l'université de Tours. Spécialiste d'architecture religieuse (XIe-XIVe siècle), elle est actuellement professeur à l'université de Poitiers et directrice de recherche au Centre d'Études supérieures de Civilisation médiévale. Elle vit à Poitiers.

  • "Derrière les carreaux constamment embués des petites fenêtres je regardais le camp étendu sous un ciel bas, menaçant et gris, en me demandant s'il faudrait sortir, angoissante idée.
    Les ornières d'eau noire glacée qui couraient en tous sens sur l'esplanade attestaient que les camions ne renonçaient pas à tracer les voies de notre destin..." C.S.

  • La disparition du grand historien en 2014 a suscité une grande émo- tion, en France et à travers le monde. Des collègues et amis, des anciens étudiants, mais aussi des lecteurs et des auditeurs de Jacques Le Goff, évoquent ici sa mémoire, ses travaux et sa présence dans le siècle.
    Notice Jacques Le Goff (1924-2014) a été l'un des très grands historiens de son temps. Il est l'auteur d'une oeuvre immense, consacrée pour l'essentiel à l'histoire du Moyen Âge, qu'il a renouvelée en profondeur. Ce livre en explore les ambitions, les objets et les démarches. Il réunit les contributions présentées à l'occasion d'une journée d'hommage organisée en janvier 2015 par l'École des hautes études en sciences sociales et par la Bibliothèque nationale de France. Aux très nombreux lecteurs de Jacques Le Goff, mais aussi à ses collègues et à leurs étudiants, il permettra de situer l'oeuvre dans le « moment » intellectuel et scientifique des années 1960-1980, de prendre la mesure de son rayonnement international et de rappeler la présence de l'homme public : un homme toujours soucieux de faire connaître les résultats de la recherche à un public élargi, passionné par les médias, mais aussi un citoyen engagé pour les libertés et un défenseur passionné de l'Europe en construction.

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