Alfred Döblin

  • Ce livre célèbre sur les bas-fonds du Berlin des années 1925-1930 fait penser à Voyage au bout de la nuit et aux Mystères de Paris, mais aussi à Brecht, à Dos Passos et à Joyce. Car ce récit épique, plein de tendresses, de violences, de vices, étonne par sa modernité. L'aventure de Franz Biberkopf, criminel poussé par la fatalité vers un retour au crime, est comme le chant d'une symphonie composée de la rumeur de la foule, du hurlement des tramways, des sanglots et des râles échappés des hôtels délabrés et des bistrots minables.

    1 autre édition :

  • « Un grand seigneur est tombé dans des difficultés conformes à l'air du temps et se trouve contraint d'abandonner son train de maison habituel. Avec deux compagnons, qui ne sont pas mieux lotis que lui, il mène la vie d'un pauvre diable, passe par un grand nombre de villes, dont nous ne nommerons que Bagdad, Constantinople et Paris, pour signaler l'ampleur de leurs efforts et des résistances auxquelles ils se heurtent.
    En chemin, ils rencontrent bien des obstacles, liés à l'amour, à la boisson, au mensonge, auxquels ils n'avaient été exposés jusqu'ici ni de près ni de loin.
    Lentement, juché sur les épaules des deux autres, le grand seigneur réussit à prendre pied. La paix dans l'âme, il tient.
    Lui qui ne s'était pas soumis volontairement aux fatigues du voyage, il doit à la fin reconnaître qu'il fut long, mais que cela valait la peine.
    Accessoirement, c'est l'histoire d'un Adam qui rencontre beaucoup d'Èves, mais non le péché, et qui a du mal à quitter le paradis.
    Accessoirement, l'histoire d'un tyran qui se croit pareil à Dieu, se trouve précipité dans les plaisirs et les misères de notre existence, et c'est son ascension à la pauvre humanité. »

  • Récit des derniers jours de la présence allemande en Alsace-Lorraine, Bourgeois et soldats installe le roman au milieu de l'agitation, soldats révoltés et population civile mêlés : officiers provisoirement détrônés et bourgeoisie locale en spectatrice ricanante ; amours qui se font et se défont; petits trafics, chapardages, et enfin les drapeaux tricolores cousus à la va-vite. En dehors de Berlin Alexanderplatz, toute l'oeuvre d'Alfred Döblin reste pratiquement à découvrir. Roman de l'exil, la tétralogie de Novembre 1918 mêle personnages historiques et de fiction : elle tisse, de Strasbourg à Berlin, les destinées d'un drame qui prélude au siècle qui commençait.
    Cette parution intégrale en français comble partiellement les lacunes de la bibliographie de ce grand oublié de la littérature allemande.
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  • Avilie par un mari qui la brutalise, la jeune Elli se révolte, trouve refuge auprès d'une amie, se confie, s'abandonne et, dans ses bras, découvre l'autre versant de la sexualité. C'est alors qu'à ces deux femmes vient l'idée de faire payer à l'époux ses outrages... Inspiré d'un procès qui défraya la chronique dans les années 1920, L'Empoisonnement est de ces récits auxquels la cruauté confère un éclat inoubliable. Médecin psychiatre, Alfred Dôblin dissèque le drame selon les règles d'une autopsie méticuleuse. Sous sa plume, la rancoeur et le désir de vengeance des deux amies semblent s'insinuer et se propager sur un rythme implacable, de phrase en phrase, de ligne en ligne, inexorablement, comme un empoisonnement.

    1 autre édition :

  • Les deuxième et troisième tomes de Novembre 1918, écrits de début 1939 à mi-1940, Peuple trahi et Retour du front avaient été conçus comme un seul volume : où l'on découvre le Berlin de la misère et celui des profiteurs de guerre, des bourgeois insouciants, des petites et grandes canailles. ; ce sont aussi, entremêlées, grandes et petites manoeuvres : au niveau des États, les affrontements autour du Traité de Versailles, qui décideront de l'avenir de l'Europe ; au niveau individuel, les engagements et trahisons, d'amour et de politique, prélude au dénouement sanglant du dernier tome.

  • Les deuxième et troisième tomes de Novembre 1918, écrits de début 1939 à mi-1940, Peuple trahi et Retour du front avaient été conçus comme un seul volume : où l'on découvre le Berlin de la misère et celui des profiteurs de guerre, des bourgeois insouciants, des petites et grandes canailles... ; ce sont aussi, entremêlées, grandes et petites manoeuvres : au niveau des États, les affrontements autour du Traité de Versailles, qui décideront de l'avenir de l'Europe ; au niveau individuel, les engagements et trahisons, d'amour et de politique, prélude au dénouement sanglant du dernier tome.

  • Obéissance, assiduité, pragmatisme sont des vertus de soldat et de serviteur, d'employé, de larbin. Ce sont les vertus d'une fourmi, non pas d'une personne humaine. Qu'on montre pour quelle raison une collectivité a le droit de sacrifier des hommes, de transformer des personnes en machines. Qui plus est, on n'a pas fait cela ici - et dans beaucoup d'autres lieux - au profit d'une collectivité mais au profit d'une classe seigneuriale. Voilà la vérité fondamentale, le fin mot de l'histoire. » « Cette panique dans la bourgeoisie ! Ils se rendent enfin compte qu'ils ne tiennent plus les rênes et que ça ne peut plus continuer ainsi ! Ils vont consentir à ouvrir les yeux, sinon ils passent sous les roues ! Oui, Marx avait raison sur ce point : le capitalisme a élevé lui-même son fossoyeur - ils ont construit des usines, se sont étendus mais, en même temps, les ouvriers aussi ont grandi et, un jour, ça ne va plus sans eux et, un jour, ils ont eux aussi des idées libérales sous une forme compacte, quasiment en béton et, un jour, ils ont tout le pouvoir, et alors quoi ? » Dans cette série de lettres écrites en 1930 à un étudiant qui le questionnait sur son positionnement dans les débats de son époque, Döblin développe une réflexion sur le rôle des intellectuels dans la société. Convaincu que ceux-ci expriment naturellement ce que leur classe prescrit, il les incite à se rapprocher des ouvriers, seuls porteurs des idées de liberté autrefois bourgeoises. Mais il reste méfiant vis-à-vis de Marx et de Lénine, à qui il concède les « bonnes bases » du matérialisme historique mais reproche un « messianisme pur jus », préférant affirmer les principes d'un « vrai » socialisme : liberté, rassemblement spontané des hommes, refus de toute contrainte, indignation face à l'injustice, tolérance et pacifisme.

  • Les trois bonds de Wang Lun

    Alfred Döblin

    • Agone
    • 18 Janvier 2011

    Paru en pleine Grande Guerre, premier grand roman d'Alfred Doblin (1878-1957), Wang Lun s'empare d'un événement de l'histoire chinoise du XVIIIe siècle : un soulèvement des pauvres contre l'oppression.
    Accompagnant la grandeur et la décadence d'un fils de pêcheur devenu l'instrument d'une immense révolte populaire, il tourne autour d'une question : est-il fatal que les faibles se servent des armes des forts et s'enferment à leur tour dans la sphère du pouvoir et de la violence ?

  • Voici l'heure du discours de rosa, son chant du cygne.
    Mais qu'a-t-elle donc ? tous regardent ce petit bout de femme. ils la regardent avec amour et émotion, même ceux qui ne sont pas d'accord avec elle. ils savent qu'elle est la flamme qui brûle pour eux depuis des décennies. elle est à présent épuisée, fragile. la prison l'a affaiblie. elle parle, elle est dans son élément. elle dit toute la vérité. karl liebknecht est assis parmi les délégués. la voix de rosa luxemburg résonne, claire et précise.
    En dehors de berlin alexanderplatz, toute l'oeuvre d'alfred döblin reste pratiquement à découvrir. écrit en 1942 depuis un exil dont l'auteur ne peut espérer la fin tant le nazisme semble triompher, karl et rosa donne le dernier acte de l'évanouissement d'un espoir : que l'ordre ancien disparaisse avec la fin de la grande guerre. personnages historiques et de fiction se croisent ici pour rendre le drame de l'écrasement de la révolution spartakiste, prélude funeste au siècle qui commençait.

  • Homère était assurément aveugle, mais seulement au moment de chanter - auparavant, il avait eu un regard tranchant et incorruptible, il connaissait sur le bout des doigts la société et la terre grecques et troyennes. Les écrivains et les poètes constituent une espèce particulière de savants et c'est pourquoi ils tiennent fermement sur la terre. La littérature n'est pas une forme d'idiotie.

    C'est seulement dans les États libéraux modernes, ceux qui se sont voués au commerce, à la banque et à l'industrie, au capital et à l'armée, que pouvait s'implanter cette parole de mépris : « L'art est libre », c'est-à-dire complètement inoffensif. Ces messieurs et mesdames les artistes peuvent bien écrire et peindre ce qu'ils veulent ; nous relions cela en cuir, y jetons un oeil ou l'accrochons au mur, nous fumons là-dessous nos cigarettes, les tableaux intéressent aussi éventuellement le commerce de l'art.

    L'artiste aujourd'hui doit se créer lui-même sa liberté. L'art agit et il a des tâches à accomplir.

  • Voyage en Pologne

    Alfred Döblin

    Ce livre est le compte rendu d'un voyage que fit Alfred Döblin en Pologne entre septembre et novembre 1924. Lorsqu'il décide de faire ce voyage, Döblin est médecin pour une compagnie d'assurances à Berlin, déjà écrivain (il a publié 5 romans) mais pas encore consacré par le succès de Berlin Alexanderplatz. Au début des années 1920, l'Allemagne voit naître le nazisme et apparaître les premiers pogroms. Döblin, d'origine juive mais n'ayant jamais pratiqué le judaïsme, éprouve le besoin de comprendre ce qui se passe ; pour cela, il lui faut « s'informer sur les Juifs » : c'est d'abord parce que la Pologne est le plus grand foyer du judaïsme d'Europe occidentale qu'il s'y rend.
    Outre l'intérêt de Döblin pour les Juifs, ce voyage a un but politique : il veut savoir ce qui se passe en Pologne, découvrir les conditions politiques et sociales du pays, les relations des minorités ethniques entre elles et leur situation dans l'ensemble de l'État ; savoir quelles forces gouvernent officiellement et officieusement.
    Les impressions de voyage sont parfois incomplètement rédigées, notées dans un style télégraphique, faisant une large part aux sensations recueillies sur le moment.
    S'y entremêlent des épisodes, des anecdotes, qui révèlent le grand narrateur et le grand écrivain.

  • Au cours de la Grande Guerre, de 1915 à 1918, Alfred Döblin est médecin militaire dans l'armée allemande. Installé avec sa famille à Sarreguemines puis à Haguenau, il échange une correspondance fournie avec son ami Herwarth Walden relatant tour à tour son activité à l'hôpital militaire, sa carrière d'écrivain et la vie quotidienne à l'arrière du front. Ses lettres constituent de précieuses chroniques dans lesquelles il nous transmet un regard irremplaçable sur une région aujourd'hui transfrontalière et partie intégrante de l'empire allemand à l'époque. Il y dépeint avec réalisme Sarreguemines, Sarrebruck, Haguenau, et nous fait partager sa perception de cette guerre qu'il finira par qualifier d'absurde, se mettant ainsi à dos sa hiérarchie.
    L'ouvrage comprend deux nouvelles, Le fantôme du Ritthof (dont le cadre se situe entre Bliesransbach en Sarre et Blies-Guersviller, en Lorraine) et L'abominable cochon, ainsi que sa correspondance avec l'écrivain Anton Betzner de 1946 à 1953 ; et enfin, Le discours de Sarrebruck sur l'Europe de 1952. Publié en 2010 dans sa version originale en langue allemande par les éditions Gollenstein sous le titre Meine Adresse ist: Saarguemünd, cet ensemble de lettres, de textes et d'articles rassemblés et commentés par Ralph Schock, nous est révélé ici dans sa traduction française.

  • Novembre 1918

    Alfred Döblin

    Récit des derniers jours de la présence allemande en Alsace-Lorraine, Bourgeois et soldats installe le roman au milieu de l'agitation, soldats révoltés et population civile mêlés : officiers provisoirement détrônés et bourgeoisie locale en spectatrice ricanante ; amours qui se font et se défont; petits trafics, chapardages, et enfin les drapeaux tricolores cousus à la va-vite.
    Les deuxième et troisième tomes de Novembre 1918, écrits de début 1939 à mi-1940, Peuple trahi et Retour du front avaient été conçus comme un seul volume : où l'on découvre le Berlin de la misère et celui des profiteurs de guerre, des bourgeois insouciants, des petites et grandes canailles. ; ce sont aussi, entremêlées, grandes et petites manoeuvres : au niveau des États, les affrontements autour du Traité de Versailles, qui décideront de l'avenir de l'Europe ; au niveau individuel, les engagements et trahisons, d'amour et de politique, prélude au dénouement sanglant du dernier tome.
    Écrit en 1942 depuis un exil dont l'auteur ne peut espérer la fin tant le nazisme semble triompher, Karl et Rosa donne le dernier acte de l'évanouissement d'un espoir : que l'ordre ancien disparaisse avec la fin de la Grande Guerre. Personnages historiques et de fiction se croisent ici pour rendre le drame de l'écrasement de la révolution spartakiste, prélude funeste au siècle qui commençait.

  • Comme au début d'un rêve, lorsque le corps ne sent pas l'oreiller et la couverture - la petite âme commence à tourner doucement autour d'un poteau, plus vite, plus vite, hop là, hourra hop, et la conscience attachée à un fil de laine suit, s'égare, se perd, chancelle, tombe, s'endort, oui s'endort - je me perds à présent dans mes métaphores.
    Ce qui n'a rien de surprenant, avec un style d'une telle ampleur homérique. Cela me rappelle, avec nostalgie, un homme qui durant de longs mois acheta des briques, une telle quantité de belles briques brillantes, qu'à force de les entasser, les remiser, les surveiller, il oublia de construire sa maison, songea constamment à cet oubli, et finalement ouvrit un commerce de harengs.
    Déconcertant et puissant, ce premier roman d'Alfred Döblin (1878-1957) laisse déjà pressentir, bien avant Berlin Alexanderplatz, l'un des plus importants écrivains de l'expressionnisme allemand.

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